| interview de Sam Troulku du 25 avril 2006 |
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JIHEF - bassiste - SAM: Comment expliques-tu ton jeu de basse si particulier, si dynamique ? - JIHEF: C'est la combinaison d'un élan créatif, d'une énergie, d'une volonté et d'une discipline. L'expérience approfondie de l'harmonie me paraît indispensable (jazz, classique). La composition et l'arrangement m'ont beaucoup apporté harmoniquement. La discipline dans le travail et la persévérance amènent à une connaissance de soi. Si tu es assez humble, tu t'aperçois alors que c'est sans limite, que tu restes un éternel apprentis, qu'il y a toujours à découvrir et à apprendre. En fait, c'est ton oreille de musicien qui est sans cesse en formation. Ensuite, il y a l'instant présent où tu dois gérer l'énergie en temps réel, et là c'est l'aspect vivant, parfois magique, où tu peux être encore plus inventif. Si tu restes vigilant, spontané, même tes petits défauts ou tes erreurs deviennent des ingrédients de créativité, en rebondissant de façon intuitive ou créative. Et puis il faut toujours rester à l'écoute de ce qui se passe, capter les élans, les impulsions créés par les autres musiciens qui viennent dynamiser ton jeu. C'est de l'interaction spontanée qui régénère une énergie en fusion. - SAM: Quelles sont les qualités musicales qui te paraissent importantes ? - JIHEF: Concentration, maîtrise, précision, toucher, musicalité. La précision rythmique, du groove, des mises en place, de l'harmonie, du toucher et de la justesse, des nuances, du contrôle du son. Ensuite vient la musicalité pour faire chanter l'instrument. Tout cela n'est possible que si ton esprit n'est pas accaparé, pour être disponible et rester en éveil: il faut toujours garder une longueur d'avance, sans aller "plus vite que la musique". Pour moi, un vrai musicien développe la personnalité de sa musicalité, tout en restant humble et ouvert. - SAM: As-tu développé des techniques à toi ? - JIHEF: Pour moi, c'est indispensable de développer une technique personnelle qui vient accroître mon vocabulaire musical et ma palette expressive. C'est sans fin. Par exemple, sur la basse, j'utilise les 5 doigts de la main droite, parfois 3 doigts pour les passages rapides. Il y a 30 ans, j'utilisais le médiator qui permet une vélocité continue. J'ai repris l'idée mais en utilisant l'index comme médiator: avec un peu de travail, ça le fait, avec plus de douceur mais autant de punch. - SAM: On te voit souvent jouer sur ta dernière fretless customisée, depuis quand joues-tu sur une basse fretless (basse avec manche sans barrette). - JIHEF: Oui, j'adore la basse fretless, j'aime le toucher très nuancé, plus moelleux, plus chantant, plus lyrique que permet un manche en érable à touche sans frette. Ma première fretless est une Guild B302-F acquise en 1979, puis j'ai fait monter 2 micros supplémentaires en 1980, de type Jazz-bass: 2 humbuckers DP123. Ma dernière fretless date de novembre 2004, je ne la quitte plus. Elle est en customisation permanente (bridge 3D, micros) grace au Jihef bass custom. Jouer fretless demande un toucher particulier, plus un contrôle permanent du son et de la justesse. L'accès aux autres tempéraments devient alors possible. Cela m'a demandé des années de travail avant de me sentir vraiment à l'aise. Aujourd'hui, je joue à 80% sur basse fretless, quel que soit le style (sauf pour le slap). - SAM: Justement, à propos de style, tu es à fond "jazz-rock/fusions" et très groove. - JIHEF: Oui, le jazz-rock a toujours été mon cheval de bataille depuis 1974. Plus créatif que la fusion stéréotypée des 80, le jazz-rock permet de tout fusionner dans une énergie plus expérimentale avec aussi plus de musicalité harmonique. J'adore les fusions créatives: jazz-rock-tribal, jazz-rock-ethno, jazz-groove-binaire... C'est à l'opposé du rock festif, de la variété et du bal, quel ennui mortel ! Le groove est le moteur du bassiste et la basse est le moteur du groupe. L'autre élément du groove, c'est le batteur avec qui créer une osmose rythmique. Quand tu as goûté à la fièvre du groove et de la transe, tu ne peux plus te passer de faire groover. Les musiques occidentales manquent de groove. Ecoute le morceau "Orient-Express" de Jo Zawinul, c'est terrible ! - SAM: Qui en est le bassiste ? - JIHEF: Richard Bona, un black qui joue sur fretless. - SAM: Quels sont les bassistes qui t'ont marqué ? - JIHEF: Gary WILLIS pour son toucher, sa virtuosité et sa finesse. Jeff BERLIN pour sa dynamique et sa pulse. Jaco PASTORIUS pour son génie, sa créativité et son groove. Matt GARRISON pour sa créativité. Tous jouent sur fretless. Ils ont un toucher terrible et un superbe phrasé. - SAM: On te surnomme "le bassiste fou", peux-tu nous dire pourquoi ? - JIHEF: Cela vient du fait que lors d'impros ou de scènes ouvertes, entouré de bons musiciens, épaulé par un vrai batteur qui groove, je peux me lâcher et passer devant. C'est l'occasion de prendre des risques, c'est très excitant et ça me donne des ailes. Alors mon jeu éclate, avec des asymétries, des variations, des plans très chauds plutôt véloces ou musclés... et le public est surpris de découvrir la basse comme un instrument soliste, mélodique ou lyrique. C'est une autre façon de donner. |
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Jihef - live au Noctambule (Albi) - Jeudi 4 mai 2006 - photos Francisco M |
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